À l’ère des singles et des EP, Poisson ne se résout pas à sortir autre chose qu’un
album, afin de raconter une histoire totale et imprimer un morceau de vie.
Les contours de Garçon(s) sont simples et sincères. La sincérité est une boussole pour Tom Poisson : la masculinité, les rides au coin des yeux, le 47e président des États-Unis d’Amérique, la maladie d’Alzheimer, le couple, la joie, l’envie … Voilà pour l’essentiel. Dans la forme, on retrouve une écriture imagée et poétique plutôt que trop explicite mais Tom sait nous prendre par la main pour nous faire comprendre et toucher du doigt.
« Est-ce qu’il y a plusieurs façons d’être un garçon ? Est-ce qu’on peut changer le texte dans la chanson ? » (…)
Enfant, il se posait souvent des questions de ce type. A l’adolescence, alors même qu’il côtoyait certains spécimens en classe de sport-étude football, ces interrogations se renforçaient. Si Tom Poisson recycle une vieille photo de vacances en guise de visuel pour son huitième album – Garcon(s), c’est pour mieux convoquer la virginité de ce questionnement. Bien sûr, il y a mille façons d’incarner la masculinité, Tom en a conscience mais à l’heure d’un retour en force des valeurs masculinistes, il avait envie de « remuer tout ça » et de nous interroger (en même temps que lui-même) sur cette thématique.
« Alors même qu’il pleut des bombes un peu partout et bien nous, on fait un disque » ironise-t-il amèrement. Tom réalise ce nouvel album en mêlant les guitares acoustiques aux synthétiseurs mais surtout en s’entourant de ceux qu’il aime et qu’il a choisi. « Pas sûr que ça change le monde mais dans le doute on tente le coup … Je dis bien « ON » et pas « JE » parce qu’on est nombreux sur cette aventure. ».
Colotis Zoé (Caravane Palace) & Alice Chiaverini (aka Malice) offrent chacune un duo à Tom sur le disque. Paul Roman signe avec finesse les arrangements sur 5 titres. Ludovic Bruni (Le Sacre du Tympan, Piers Facini …) et Denis Piednoir (réalisateur du précédent opus de Tom Poisson Jean-Michel ) ont choisi de prendre à leur compte la réalisation d’une chanson chacun. Alexandre Leauthaud (Les Fouteurs de Joie, Francis Cabrel) réalise trois titres. Le mix est signé Florian Monchatre et le Mastering Simon Lancelot.
Humble, reconnaissant, joyeux. Tom l’est de pouvoir exercer son métier bien que loin des grands médias, vingt ans après la sortie de son premier album. Surpris aussi. Surpris de s’amuser encore, de s’émouvoir autant à triturer cette matière brute qu’est la chanson en français. La presse écrite affirme, à chaque album, que Tom n’a pas rencontré le succès qu’il mérite. Garçon(s) est sans doute son travail le plus abouti.